Chronique d’une classe d’école primaire franco-allemande : "qui a peur du grand méchant loup ?"

Le projet Grand méchant loup a pour but, entre autres, de présenter la culture et la langue allemande à des élèves francophones par l’intermédiaire d’un périodique réalisé par les enfants, et de son site internet www.mechant-loup.schule.de. Il est réalisé dans une école bilingue publique de Berlin. Il aboutit à un échange par courriel, courrier postal et sur place avec plusieurs classes.

Il s’adresse également à un public d’élèves germanophones débutant en français. Ce projet peut cependant s’adapter à toutes les langues.

Pilotage

Il est assuré par une équipe de parents de la classe en concertation ou en coopération avec les enseignants et les éducateurs. Il reçoit depuis une année l’aide d’un enseignant français faisant partie du programme d’échange franco-allemand de professeurs d’école.

Contexte local
L’école primaire européenne Judith Kerr de Berlin n’est pas un établissement bilingue dans le sens habituel du terme, puisque son public est en partie francophone ou franco-allemand, en partie germanophone et que la moitié des élèves débute donc avec la langue étrangère. La Judith-Kerr-Schule a la particularité d’être un lieu de rencontres, c’est non seulement « tout un petit monde » que l’on retrouve, mais aussi le monde en petit, culturellement et socialement.

Description
Qui a peur du grand méchant loup ? Et qui est-ce au fond le grand méchant loup ? L’école, une langue qu’on ne comprend pas, un pays, une ville qu’on ne connaît pas ? L’autre ? Depuis qu’ils sont en grande section de maternelle, les élèves de l’école Judith Kerr sont habitués à vivre avec deux langues, le français et l’allemand, et avec les cultures des deux pays. Même si à la maison, ils ne parlent que le français ou l’allemand. Née d’une initiative parentale, la documentation Grand méchant loup est un projet entrepris à la rentrée scolaire de l’année 2000-01 alors que les enfants étaient en grande section de maternelle. Il consiste à suivre une classe durant toute la phase primaire et à écrire son histoire (enregistrements audio, séquences filmées, photographies de l’environnement des enfants, archivage de leurs travaux, textes, dessins, etc.). Il propose aussi un accompagnement écrit (commentaires et réflexions, interviews, contexte socioculturel). Les résultats en sont des petits reportages radio, un journal trimestriel, des cédéroms, une exposition itinérante et un site web. Cette démarche est innovatrice en ce sens qu’il ne s’agit pas d’une situation de cours en présence de l’enseignant, mais d’ateliers et d’entretiens en petits groupes pendant des activités facultatives permettant une approche inédite de la complexité et de la diversité d’une classe d’école primaire. Il témoigne de ce que produisent les enfants avec les instruments que les adultes leur donnent, des résultats qui par ailleurs ne correspondent pas toujours au mode d’emploi - et qui surprennent. Depuis le CE2, une partie de la classe (une dizaine d’enfants) réalise un journal, dit journal de bord, destiné à l’échange avec d’autres classes, en l’occurrence francophones. Ce journal s’adresse également aux enfants allemands apprenant le français depuis le CE2. Il propose des reportages sur le quotidien dans une école et une grande ville allemande mais aussi des jeux, du vocabulaire, des exercices. Outre l’intérêt didactique et documentaire et l’apport de ce journal-échange à l’apprentissage de l’allemand ou du français pour les jeunes élèves, le projet peut aussi servir d’outil d’aide à la réflexion quant aux questions qui se posent sur deux sujets primordiaux à notre époque : l’apprentissage précoce d’une langue étrangère et l’apprentissage interculturel. Le projet ne propose pas d’interprétation, il laisse libre cours à l’imagination.

Difficultés
La complexité et la diversité du projet quant aux participants et interlocuteurs et quant aux contenus multiplient les tâches : il s’agit d’inviter les parents à prendre des initiatives, de rassurer certains sur le sens d’un projet périscolaire, de jouer avec les niveaux très différents des élèves qui sont pour les uns débutants, pour les autres déjà bilingues. Il s’agit aussi de coopérer avec le corps enseignant tout en respectant l’autonomie des uns et des autres, de trouver sa place au sein de l’institution, des institutions en général (poser un regard du dehors sur le domaine scolaire ne va pas de soi). Pour finir, le financement du projet, qui repose sur une initiative privée, reste très précaire malgré les nombreux appuis.

Points forts
La complexité et la diversité du projet quant aux contenus et quant aux participants et interlocuteurs présentent aussi un grand enrichissement. Elles nourrissent le projet de nouveaux éléments, les écueils et difficultés obligent à ouvrir de nouvelles portes et à sortir des sentiers battus. Le projet reposant sur une initiative privée, il parvient à lier les parents (qui mettent leurs idées et leurs capacités à disposition), les enfants (tout contents d’apprendre quelque chose de nouveau sans avoir de notes), les enseignants (appréciant qu’un projet parental complète ce qu’ils ne peuvent faire en cours par pénurie de temps) et même l’établissement (qui est ainsi représenté à tous les niveaux, dans un contexte non conflictuel).

Conditions matérielles (coûts, subventions, crédits divers…)
Le projet (qui comprend donc un site internet, la réalisation de cédéroms, d’un journal, d’émissions radiophoniques et d’une exposition) a trouvé l’appui logistique et financier de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, l’Ambassade de France en Allemagne, l’Institut Français de Berlin, Sony Europe, il est également parrainé et soutenu logistiquement par le Ministère de l’Education du Land de Berlin, le Centre de documentation pédagogique et des média du Land de Berlin, et l’université des Beaux Arts de Berlin. Il repose encore et surtout sur du bénévolat. Le projet sous forme de journal et de site internet (ou d’un lien avec le site de l’école) est réalisable dans tout établissement sans grandes dépenses supplémentaires.

Bilan (voir points forts)
Le projet joue sur plusieurs registres. C’est ainsi que nous avons pu trouver des partenaires dans les domaines les plus variés. La cohabitation entre parents, enseignants, diverses institutions (scolaires et extrascolaires), le monde universitaire est non seulement praticable, elle s’avère aussi être très fructueuse. Notre dernier fleuron : Le projet Grand méchant loup est lauréat du prix franco-allemand du journalisme 2004, un des prix du journalisme les plus renommés en Europe, dans la catégorie internet : « Le jury estime que cette présentation Internet, adressée aux enfants, encourage l’apprentissage de la langue et de la culture françaises. » (extrait du communiqué de presse)

Perspectives
Le projet va être poursuivi dans un premier temps jusqu’à la fin de la quatrième classe (CM1) qui pour une partie des élèves en Allemagne marque la fin de l’école élémentaire. Il sera reconduit ensuite jusqu’à la sixième classe (6ème) sous forme d’un atelier qui regroupera les élèves même si ceux-ci sont dispersés dans plusieurs établissements. En CM1, le projet sera fait en coopération avec les institutrices, en complément du cours d’éveil. Un projet commun avec « La main à la pâte » est également prévu pour l’année 2004-05

Contacts
grand-mechant-loup@schule.de
Grand méchant loup | Böser Wolf, Wartburgstraße 10, 10823 Berlin, Allemagne

Documents joints
photos, cahiers des charges, réalisations d’élèves : photos, journal, émission radio, mini-expo, correspondance : www.mechant-loup.schule.de

Christiane Baumann

Tous niveaux
Allemand